En votre qualité de membre de la commission des affaires sociales, quel regard portez vous sur l’intérêt de la médiation en entreprise et en particulier dans les relations sociales ?
La médiation et singulièrement la médiation en entreprise n’a jamais, à proprement parler, fait l’objet de travaux précis au sein de la commission des Affaires sociales du Sénat. Pour autant, le Sénat est par définition la chambre de la modération, voire de la stabilisation, autant de qualificatifs qui pourraient convenir à la médiation. Je rajoute que le président Larcher est souvent qualifié « d’homme bienveillant et de médiation » et qu’il est « le père » de l’article 1 du code du travail qui porte sur les relations individuelles et collectives du travail, objet même de ce type de médiations.
L’intérêt porté à la médiation est donc sous-jacent à toute notre approche institutionnelle et politique, d’autant qu’elle permet d’aboutir rapidement à des recherches de solutions durables à court terme, avec un coût maitrisé et en faisant des parties les acteurs de la résolution de leurs litiges. Des caractéristiques essentielles répondant singulièrement aux attentes actuelles de nos populations.
Dans quels domaines la médiation pourrait-elle être également utile selon vous ? (secteur d’activité / type de structure / type de conflit ?)
Le concept de médiation dans les relations au travail peine encore à s’imposer. Le vulgariser, le faire connaître, est la base solide qui permettra de le généraliser et de prévoir son extension. Néanmoins, le phénomène de l’augmentation des arrêts maladie grèvant le budget de la sécurité sociale (CPAM ou MSA) et ne couvrant pas la totalité de la perte de salaire, crée des tensions, au point d’apparaître désormais comme un fléau national. Bien que généralisé, celui-ci est plus prégnant dans certaines catégories de salariés. En 2022, la Cour des Comptes soulignait au Sénat que « la fréquence des accidents et des maladies auxquels sont exposés les salariés de certaines catégories d’établissements, notamment des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes est trois fois supérieure à celle qui est constatée dans l’ensemble de l’économie ». Sans doute la médiation dans ce secteur et dans ce cadre, trouverait-elle son utilité. J’ajoute qu’elle serait facilement quantifiable financièrement, ce qui ajouterait à son intérêt.
En quoi la médiation présente-t-elle un intérêt pour les entreprises sur le plan économique et social et sur celui de la santé au travail ?
L’esprit d’entreprise est un mode de vie. Le bien-être au travail passe nécessairement par la reconnaissance de l’implication du salarié, un développement de ses compétences et son épanouissement personnel. La médiation qui permet, à partir d’un diagnostic commun, de trouver des solutions respectant à la fois les enjeux de l’entreprise et ceux des salariés, contribue ainsi à
l’équilibre social et économique de l’entreprise.
Selon vous, quels seraient, au-delà des DRHs, qui peuvent parfois se voir reprochés un manque d’impartialité, les acteurs susceptibles de promouvoir et prescrire la médiation en entreprise ?
Il me semble que la philosophie de la médiation impliquerait que chaque salarié et chaque employeur ait le réflexe d’une solution amiable et équilibrée. La promotion passe donc immanquablement par une plus grande connaissance de la médiation auprès de chaque salarié. Elle pourrait être effectuée par l’ensemble des acteurs garants de la QVCT (qualité de vie et des conditions de travail) dans l’entreprise tels que services de santé au travail, inspecteurs du travail etc…
Compte-tenu de votre expérience de fonctionnement d’une institution où la recherche du consensus se pratique au quotidien, quels enseignements pouvez-vous partager avec nous sur le traitement des désaccords ?
Le traitement des désaccords au-delà de l’état d’esprit proposé à chaque partie doit nécessairement être conduit avec rapidité, technicité et surtout…. discrétion. Donc loin des médias et réseaux sociaux !
Cette interview a été réalisée par Isabelle Lacour, Présidente du RME et Anne-Laure Chabolle Bertrand, administratrice du RME.

